CCV, le Collectif du Chêne Vert

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des internautes, un arboretum, une tempête...

Les Visites

Ces récits ont volontairement été laissés tels qu'ils ont été écrits à un moment donné : vous y trouverez des anecdotes, des clins d'œil, dont certains détails échapperont peut-être à qui n'était pas présent lors de ces moments, mais nous ne pouvions nous permettre d'amputer ces textes où transparaissent l'atmosphère particulière de l'arboretum et l'amitié qui y règne. Certains des auteurs, dont, par souci de discrétion, nous n'avons gardé que le prénom et la région, ont quitté le CCV mais leurs impressions, leurs sentiments et leurs émotions font partie de l'histoire de notre association.

Arboretum : le retour,Valérie,Creuse, 27/03/2000
D'abord, il n'est pas 12.33h comme c'est écrit au-dessus du message,mais bien 22.44h, pensez bien que j'ai pris mon temps à Chabanais. Après ce long voyage, je n'avais qu'une peur, que Magali ait vidé le tonneau de bière, mais non, elle m'en avait laissé généreusement une pinte. Enfin, après le passage des 3 tornades, l'arboretum n'a pas souffert, mais Jean Louis, j'sais pas, j'l'ai trouvé un peu raplapla... ouf ! il a eu chaud ! aucune des 3 filles n'a ramené de bouquets de camélia (pourtant, il y en a un bien rouge qui le méritait).
J'avais pris un calepin pour vous faire un rapport latin sur les arbustes fleuris, sachant que je ne peux mémoriser qu'un nouveau mot par jour, et encore en éliminant celui de la veille. Mais zut, le nez en l'air, j'ai aussi oublié de noter.
Me rappelle parfaitement la floraison discrète rougeâtre d'un érable, celle parfumée d'un heterophyllus pis après psssutt, je retrouverai ces noms perdus dans les livres...
Maurice L. : parlons-en ! Je n'ai pas vu la commande pour l'arboretum, donc, causons de la mienne. Cet homme est un malhonnête ! J'ai réglé la note confiante, d'après la facture sans vérifier les plantes. Une liste de noms, quelques prix en face, mais pas tous.
Bon, qu'il manquât des plantes n'était pas étonnant en soi. En partant, l'horrible bonhomme m'a même fait cadeau d'une pivoine (dont je vais m'empresser de chercher une illustration). Au chargement, dans le coffre, il me semblait bien que le volume occupé n'était pas proportionnel au débit de mon compte bancaire. Et au déchargement, pour en avoir le coeur net, j'ai compté.
Ce jardinier, Mesdames, Messieurs ne sait pas compter ! et a une marge d'erreur indécente. Je ne saurais trop vous conseiller de vérifier, le jour où vous lui achèterez plus de deux plantes, qu'il n'en omette pas. Me voici redevable, et gênée à en faire l'autruche ! d'ailleurs, j'y vais.
Bonne nuit
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Deux jours au Chêne Vert : l'arrivée, Magali, Gironde, 28/03/2000
Départ du Médoc de bonne heure vendredi en espérant trouver la route libre, penses-tu! Gelée de voitures depuis les accès du pont d'Aquitaine jusqu'au pont de la Dordogne. Les filles "quand est-ce qu'on arrive?"
18h30 on arrive, Magnolia stellata en fleurs dans le virage, on ne s'est pas trompé. Extraction de la voiture, enfilage des 5 paires de bottes.
Les filles "Un chien!!!"
Nicotine "Des enfants!!!"
Et José qui court derrière en se disant que les laisses ce serait bien aussi pour les enfants, surtout ceux qui ne savent pas nager.
Premier aperçu général du jardin avec les taches lumineuses des magnolias.
Installation au gîte en passant devant un tas de trucs que je ne connais pas ou que je n'ai jamais vus en vrai, et notamment un superbe Chaenomeles speciosa 'Appleblossom' en fleur (c'est bien celui-là Jean-Louis?) sauvé d'un massacre à la tronçonneuse.
Puis installation devant une Jenlain et papotage. Nicotine est encore là mais les chats se sont fait la belle en voyant arriver les envahisseurs.
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Deux jours au Chêne Vert : Maurice et Liliane, Magali, Gironde, 28/03/2000
Après avoir vainement essayé de temporiser, lever à 8 heures, petit déj, petit tour dans la fraîcheur matinale pour s'en mettre plein les narines. Je trouve que les parfums délicats ressortent mieux dans ces conditions.
Une voiture dans le chemin, suivie d'un fourgon. Maurice et Liliane en sortent, les présentations sont inutiles, Liliane est habillée de violet et de rose des pieds à la tête.
On entame le tour du jardin, parmi les floraisons des magnolias, 'Leonard Messel' et un autre à fleurs simples blanc crème autour duquel tous discutent pour lui chercher un nom, ce n'est pas celui planté, peut-être le porte-greffe ayant supplanté le greffon. On remarque aussi particulièrement à cette saison les écorces décoratives (Acer triflorum, le Buddleia jessépacoi, la collection de bouleaux entre autres). Marie France et Liliane se plaignent de concert des dégâts des lapins. Nicotine aussi fait des trous. Malgré la pluie, la terre n'est pas collante. De temps en temps Liliane s'arrête devant une plante et demande ce que c'est. J'aime bien, je me sens moins ignorante. De temps en temps elle s'exclame "Moi je n'ai jamais réussi à le garder!". J'aime bien, il n'y a pas que chez moi que les plantes crèvent. On voit aussi les arbres avec leurs béquilles, les violettes fières de fleurir en hauteur sur la souche basculée d'un vieux bouleau. Une remarque ici ou là "Tiens celui-là vient de PBA"
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Deux jours au Chêne Vert : La Brouette, Magali, Gironde, 29/03/2000
Maurice ouvre le fourgon en laissant voir son trésor vert. Jean-Louis dit "On va les mettre directement dans la brouette".
Là il faut que j'explique. La brouette c'est une 2CV break qui a grillé un stop à une moissonneuse-batteuse et qui culmine vers 1,20 m. Elle sert à la fois de brouette, d'escabeau et de pousse-fort.
Les plantes sont transférées dans la brouette sans beaucoup de commentaire. Liliane nous quitte en demandant si ça me dit de venir le lendemain. Et comment que ça me dit pour dimanche matin.
Apéro puis déjeuner animé. Maurice part pour Bordeaux.
L'après-midi José se charge des filles, en particulier d'Ondine qui veut faire la sieste avec son Papa. Il se dévoue...
Nous repartons pour une visite des lieux du haut en bas et aussi en travers. Jean-Louis me montre le coin des semis et la pépinière où il m'a préparé un pied de Gaura de 60cm au carré sur 40 cm de haut. Je commence à réfléchir à la manière de présenter la chose à José.
"Tiens ça ça devrait bien pousser chez toi est-ce que ça t'intéresse? et puis ça et ça et ça aussi.... "Je sens que les négociations d'embarquement vont être rudes. Au bord de la pièce d'eau, une bâche en plastique recouvre une couette qui recouvre un pied de Gunnera bien démarré, heureusement que ça n'a aucune chance de pousser en terrain sec.
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Deux jours au Chêne Vert : La Découverte de St-Laurent-sur-Gorre, Magali, Gironde, 30/03/2000
Dimanche matin, décalage et fatigue aidant, on décolle vers onze heures heure locale. Heureusement qu'on n'y va pas en Brouette, il fait un temps froid et pluvieux exécrable.
Chez Liliane, il fait presque aussi froid que dehors, juste un peu moins humide et le feu dans l'immense cheminée ne chauffe qu'un côté à la fois. La maison est un cauchemar de parents de filles avec plein de truc très jolis et qui brillent à portée de menottes. Les petits-enfants annoncés sont repartis à cause du mauvais temps. Je me sauve lâchement au jardin accompagnant Liliane, Jean-Louis et Marie-France. En descendant nous passons à côté de quelques magnifiques Hellébores, plus loin, une petite primevère rose pâle posée sur une couronne de feuilles sombres. C'est difficile à raconter une visite de jardin composé majoritairement de vivaces, aux premiers jours du printemps. Il y a là aussi quelques très belles écorces.
L'optique du jardin de Liliane est opposée à celle de l'arboretum, ici les ' ' sont rois ce qui lui vaut quelques piques à propos des conifères dorés dans un échange verbal que je devine récurrent. Malgré la pluie qui nous enrhume lentement mais sûrement, Liliane me déterre quelques plantes au passage. On voit encore les traces de la crue de la Gorre et on devine l'énorme travail de Liliane et Valérie pour dégager patiemment toutes les vivaces.
Quand nous rentrons frigorifiés, les filles ont déjà enlevé la moitié des boucles d'oreilles de la nappe de tulle.
Nous rentrons au Chêne Vert pour le déjeuner. Marie-France en profite pour refiler discrètement double dessert aux filles...
Arrive le moment crucial du départ, j'ai déjà parlé à José du godet de Gaura mais le reste il le découvre
- Mais ça va jamais rentrer!
- En empilant on peut essayer...
Jean-Louis étiquette au fur et à mesure succinctement car il pleut de plus en plus fort. On entasse délicatement dans le break. Les rosiers fraîchement rempotés sont ressortis des pots pour prendre moins de place. Le dernier à rentrer est le godet de Gaura. Heureusement qu'on rentre de jour, les codes éclairent les nuages.
Distribution de bisous et remerciements avant de partir.
Plus on se rapproche de l'océan plus le temps s'éclaircit. En arrivant on a même un rayon de soleil. J'en profite pour installer les boutures de Chaenomeles speciosa que Jean-Louis m'a coupées au dernier moment.
Cet après-midi, Inès m'a demandé quand on retournait voir Nicotine... Marie-France, Jean-Louis, merci pour votre générosité, le soleil ne nous a pas manqué.
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Visite initiatique 1, Françoise, Paris, 25/04/2000
Mercredi 19, 17 H. Limoges. Changement pour Chabanais. Plus question de lire. Une heure de train pour 40 km : le temps de regarder le paysage.
Jardins tracés au cordeau, thuyas bien coiffés : comme partout. Un goût marqué pour les topiaires : un peu plus qu'ailleurs. Des arbres abattus : beaucoup plus qu'ailleurs. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'asphodèles par ici : les abords de la voie ferrée en sont pleins.
Saillat et ses énormes usines de pâte à papier, en amont de Chabanais. Pour la Vienne, "c'était mieux avant" ... On approche. Jean-Louis m'avait dit : "quand je vois passer le train de l'autre côté de la rivière, je saute dans la voiture et normalement je suis à l'heure". Alors, je regarde l'autre rive. Un îlot de verdure, serait-ce "ça" ? J'y vois trop mal. Gare de Chabanais. Je livre à Jean-Louis et Marie-France un premier acompte de bisous sur le stock que vous m'avez confié.
Première approche de l'arboretum. Jean-Louis et Marie-France sont parfaits : ils m'accompagnent autant qu'ils me guident. Même les silences sont légers.
Enfin ... silence, c'est très relatif, parce qu'il faut s'habituer au bruit de fond des grenouilles ! La rivière et trois mares : ceci explique cela. La rivière et trois mares à trois niveaux différents : toute la partie basse de l'arboretum, en pente douce, s'articule autour de l'eau. Foin du nom des 2000 et quelques plantes ! Je suis sous le charme et me laisse envoûter.
D'ailleurs même Jean-Louis, pour ce coup-là, parle français ! De cette première promenade, objectivement, je ne retiens que la structure des lieux.
Pour le reste, tableau impressionniste.
Il est largement demain quand on va se coucher, après une deuxième tranche de bisous (pas pu épuiser le stock, séjour trop court.).
Jeudi 20. 6 H. du mat. J'ouvre un œil, regarde par la fenêtre au-dessus du lit : le jour finit de se lever, laissant de belles traînées rouges dans un ciel sans nuage. Dans le midi, j'aurais dit "traînées rouges, signe de vent". Je sais où est l'est. Comme je suis été aux écoles, je sais donc où est l'ouest. Tout à l'heure, je le saurai mieux.
Fera beau, rien ne presse, donc, je peux somnoler un peu. 7 H. : je me lève pour de bon. Vais me faire un kawa. Faut que je vous raconte un tout petit peu la "chambre d'hôtes" : un gîte, bien sûr. Dans un lieu si bruissant de vie, où peut-on aller dormir sinon au gîte ? Bon, v'là que je dérive encore.
C'est pas une chambre d'hôte, c'est un endroit où on crèche facile à 8 (Magali, José, et les petiotes, vous avez pas manqué de place, non ?). Une cuisine super dont je n'ai usé que pour me faire le café. Plein de trucs à lire que je n'ai même pas pris le temps de feuilleter. Partout la marque du maître de céans : tout ce qui peut raisonnablement être en bois est en bois.
Jusqu'au support de rouleau de PQ. Fin de la page pub ? ! Non, précision pour la majorité d'entre nous qui n'y sont jamais venus : c'est une maison indépendante, à quelques mètres de la maison de Jean-Louis et Marie-France.
Donc, mon bol de café chaud à la main (dédaignant les amples provisions laissées par Marie-France parce que le matin je n'ai envie que d'une bassine d'eau chaude - refin de la pub !!!), où vais-je le boire ? Tour panoramique dans ce promontoire. C'est sûr, c'est devant cette fenêtre-là : là où on voit l'arboretum se dérouler et finir dans la Vienne. Les niveaux, physiquement marqués par les mares, s'estompent. Ce serait comment pour quelqu'un qui a bonne vue ? Je ne sais pas. Pour moi, c'est toujours tableau impressionniste, avec toutes les nuances de vert, gris, doré des jeunes pousses, le pastel des floraisons (le blanc surtout, des exochorda surtout, lumineux) et dans ce tableau de teintes qui se fondent, voilà, pas pastel du tout, le jaune orangé d'un si époustouflant berberis microphylla de deux bons mètres d'envergure qu'il devient point de repère. Que même Marie-France, qui n'aime pas le jaune, l'aime celui-là, sauf quand elle va désherber en-dessous, parce que bonjour les épines !
Bon. Un deuxième bol de café, parce que j'ai pas fini de regarder. Et d'écouter. Les oiseaux. Le héron vient de passer, j'ai repéré son cri. Les hirondelles sont partout. Et il y a des chants que je ne connais pas, un surtout répété, monotone, dans l'aigu, mais je n'ai pas réussi à entrevoir l'émetteur.
Je sors. Ça sent bon, incroyablement bon. Hier, j'ai intégré un plan de masse. Je vais affiner, dans le désordre ... Cap sur le chemin qui borde l'arboretum, à droite en descendant vers la Vienne. C'est-à-dire à l'ouest.
Je sais, depuis que j'ai repéré l'est. Mais je savais déjà, c'est pour ça que je viens là.
Au point de départ.
Là est le pin sylvestre que Jean-Louis affectionne, qui fait un angle à 45° suite à une précédente tempête, et toujours vaillant. Là est la trace la plus spontanément évidente de la tempête. Sens évident ouest-est (dans notre jardin, c'était tourbillonnant). J'avais seulement perçu la veille parmi plein d'autres perceptions. C'est un chemin, un talus, qui domine une parcelle en contrebas, une parcelle en cuvette. Un bouleau au bord du chemin, un bouleau qui a une gîte pas possible, et qui tient. Tiendra-t-il ? Trop gros pour une jambe de force. Jour après jour, Jean-Louis le surveille.
Tiendra, tiendra pas ?
Je n'ai compris qu'après que Jean-Louis ait expliqué : ce bouleau, qui n'est pas par ailleurs un betulus ***, incliné tel qu'il est, avec tous les grands arbres sinistrés alentour, est pratiquement tout ce qu'il reste pour faire ombrage à la très précieuse collection d'érables japonais en-dessous. Et comme leurs jeunes feuilles sont belles en ce début de printemps. Philippe, j'ai beaucoup pensé à toi en les voyant.
Pis après, ma promenade est devenue désordonnée, parce que j'ai voulu aller faire le tour de la grande mare, mais arrivée là, j'ai vu un sillage en V sur la rivière et comme la veille (ou le matin), Jean-Louis avait parlé des ragondins, j'ai cru que c'en était un, je voulais voir, j'ai cavalé comme une malade jusqu'à la rive ... pour voir un canard en train de faire du ski nautique ! Alors je suis remontée à la maison de Jean-Louis et Marie-France boire un xième café avec eux.
Suite au prochain numéro.
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Visite initiatique 2, Françoise, Paris, 25/04/2000 Sont narquois, ces arbres de collection. Peuvent pas avoir les feuilles types de leur espèce, non ? Pour tromper le néophyte, jouent à être trucmuchefolium. Allez donc vous y retrouver ! Bon, des excuses tout ça : même les plus élémentaires, je ne les reconnais pas ... J'explique, timidement, à Jean-Louis qu'à défaut d'étiquetage, ce serait bien pratique d'avoir des plans pour s'y retrouver un peu. Comme s'il n'y avait pas pensé ! Il me montre les plans détaillés des parcelles, qu'il a juste un petit problème technique (passerelles entre logiciels) pour finaliser. C'est exactement ce dont j'aimerais disposer pour une visite approfondie. D'ailleurs, travaux pratiques au programme de la matinée. On part tous les trois, précédés par la chienne. La chatte qui ne loupe pas une balade ferme la marche : de temps en temps, elle saute sur l'un d'entre nous et se fait porter un moment en ronronnant. Il fait un temps superbe. Les grenouilles, silencieuses en début de matinée, ont repris leur tintamarre et même l'intrusion de Nico qui va se tremper dans la mare pour se rafraîchir ne les trouble pas. Cap sur une parcelle où ont été plantés beaucoup de nos filleuls, en particulier des viburnum. Jean-Louis et Marie-France se partagent la zone. Ils notent avec précision l'emplacement de chaque nouvel arbuste et enlèvent l'étiquette des plantes répertoriées. Jean-Louis pourra ainsi faire la mise à jour de la parcelle. Que ceux qui viendront après moi sachent que plus rien ne leur permettra de distinguer et d'identifier les nouveaux pensionnaires, sinon leur petite taille ... On ne se promène pas dans l'arboretum en lisant des étiquettes, mais en regardant les plantes elles-mêmes. De toute façon, je ne cesse de zapper entre vue d'ensemble et arrêt sur image. Moi, je ne vois que ce qui saute aux yeux : les arbustes en fleurs, ceux qui débourrent, à la rigueur quelques écorces remarquables, les tapis de fleurs au niveau du sol. Alors, de temps en temps, Jean-Louis me montre ce que je ne remarque pas : un arbre un peu caché, un autre, riche de promesses, mais qui, pour l'instant, est encore à nu, un autre inattendu pour moi. Un ilex caduc par exemple, je ne savais même pas que ça existait ! Je me dis qu'il faudrait revenir souvent, souvent, souvent. En toute saison. Sûr qu'aujourd'hui ce n'est déjà plus comme la semaine dernière. Promenades, pauses. Pauses, promenades. La journée se passe ainsi, très cool. Jean-Louis profite du beau temps sec pour faire une partie de tondeuse. Marie-France m'explique les problèmes de peuplement "au ras du sol" compte tenu des différences de sol entre la partie basse de l'arboretum et la partie haute, beaucoup plus sèche. Surtout dans les parcelles les plus proches de la rivière, ils utilisent majoritairement en couvre-sol les ressources de la végétation spontanée : pervenches, ajuga, myosotis, benoîte, primevères, œnothères etc... quitte à les déménager pour les grouper et donner de l'unité. Les tapis de myosotis ou de primevères sont particulièrement spectaculaires en ce moment. Près de la grande mare, "la clairière aux iris" qui avait tant frappé Dominique. Sans doute étaient-ils en fleurs à son passage ? Ce jeudi, un seul commençait à s'épanouir. Beaucoup d'hémérocalles aussi, autour de la mare. Dans une autre zone, Marie-France me montre les hémérocalles de collection de Muriel, très prometteuses. Elle m'explique ses projets d'implantation de vivaces, m'amène, plus haut, à ce qui doit être un coin de prairie fleurie. Mais avant de semer, il faut désherber, et sur de telles surfaces ... Ses vacances touchent à leur fin et, bien sûr, elle n'a pas fait le quart de ce qu'elle aurait voulu faire. Un sentiment de culpabilité m'effleure de les accaparer ainsi alors qu'il y a tant à faire ... Je le chasse vite. Je me laisse aller. On est si bien ensemble. Là, au coeur de l'arboretum. Suite au prochain numéro. Je retourne au jardin ...
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Visite initiatique 3, Françoise, Paris, 25/04/2000 Vendredi. Je me réveille un peu plus tard que la veille. Le jour est complètement levé. Beau soleil. La grande lumière modifie les perspectives : la rivière semble toute proche, plus étroite. Du coup, les moutons qui paissent sur l'autre rive paraissent incongrus si proches de l'arboretum. Je préfère quand l'arboretum ressemble à une île isolée du continent par le chenal de la Vienne ... mais je ne vais sûrement pas bouder le soleil ! Je commence à avoir mes repères. J'aime bien le chemin qui descend tout droit, assez étroit, bordé d'arbustes au port arqué. Je me dis qu'un de ces jours, Jean-Louis sera sûrement obligé d'élaguer un peu pour qu'on puisse continuer à passer. En remontant, j'observe le manège de ce que je pense être des bergeronnettes. Je découvre un nid dans un gros arbuste en buisson dont j'ai oublié le nom. Je rencontre Jean-Louis, on regarde le nid dont on n'arrive pas à trouver l'ouverture. Dans son livre sur les oiseaux, on ne trouve aucune indication sur le nid des bergeronnettes. Si quelqu'un sait comment c'est fait ... Au passage, Jean-Louis me montre le kalopanax, filleul de Françoise. Beau graphisme exotique, mais je ne lui ferai sûrement pas le bisou requis : trop ferox avec ses épines ! En cette fin de matinée, balade sur les "hauts" de l'arboretum. Je suis rassurée, il reste de la place pour planter ! Et aussi pour déménager les arbres de la partie basse qui en grandissant seront trop serrés. Pourquoi cela me rassure-t-il ? Il faudra que j'y réfléchisse ... Jean-Louis explique ses projets, montre les territoires de ses sœurs et de sa mère, indique où se trouvait le fameux Chêne-Vert. On redescend vers l'oasis d'en-bas. Au passage, on croise le filleul de Michèle, l'abies koreana tout mignon avec ses cônes rouges. Difficile d'imaginer ces lieux, tels que Jean-Louis les a toujours connus, au temps d'avant l'arboretum. Il faut fermer les yeux et transposer sur cette rive-ci la prairie et ses moutons que je regardais tout à l'heure outre-Vienne. Inévitable, dès lors, le questionnement sur la genèse de l'arboretum ... Version croisée de Jean-Louis et Marie-France, sans hiatus. Je suis époustouflée, et pas seulement par le résultat. Parce que cet arboretum-là est tout sauf un-simili musée géré par de quasi-fonctionnaires plus ou moins interchangeables. D'une prairie à moutons, Jean-Louis et Marie-France ont fait CELA, en marge de (ou malgré, et avec) leur activité professionnelle ... Est-ce utile de dire comme ils vont bien ensemble ces deux-là ? Je l'aime ce filleul aux multiples parrains, si riche de promesses réalisées et de tant d'autres à accomplir. Et je crois bien que les parents ne nous tiennent plus trop rigueur de leur avoir un peu forcé la main. Marie-France ? Jean-Louis ? Début d'après-midi, Claude arrive. A lui de découvrir aîtres et êtres. Il fait presque trop chaud et il a un sérieux coup de pompe. En ce Vendredi Saint, il use abondamment des différents reposoirs disséminés dans l'arboretum. Ces reposoirs, pour la plupart, vous ne les avez pas vus, Dominique et Muriel, car ce sont aussi des produits de la tempête. Tant qu'à devoir abattre des arbres, Jean-Louis, lorsqu'ils étaient situés au bord des chemins, en a tiré parti : tronc coupés à hauteur de tabouret ou portion de tronc couchée en guise de banc. On s'aperçoit que ça devait manquer avant, car c'est bien agréable de s'asseoir pour regarder tout simplement alentour. Parce que où qu'on s'arrête, il y a beaucoup à voir ... quoique pour moi, ça irait mieux avec des jumelles ! Jean-Louis va chercher la fameuse brouette. Est-ce vraiment parce qu'il a un stock de branchages à emporter ou pour promener Claude sans le fatiguer ? Toujours est-il qu'elle fait son effet la deudeuche bricolée en brouette à moteur ! Il explique techniquement à Claude les transformations opérées. Le chargement effectué, Claude s'empresse de monter aux côtés de Jean-Louis et les voilà partis faire le tour du domaine, et accessoirement verser les branchages "au tas". Manquent pas d'allure tous les deux ! On regrette de ne pas avoir d'appareil photo. Marie-France et moi on pique un gros fou rire en imaginant Jean-Louis faire son entrée à Courson dans cet attelage avec à ses côtés une dame enfroufroutée et encapelinée (paraît qu'à Courson certaines ne dédaignent pas de porter toilette façon derby d'Epsom ...) ! Puis on s'en va faire des plans sur les vivaces. Fin au prochain numéro ...
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Visite initiatique 4, Françoise, Paris, 25/04/2000 Nous voici attablés devant une Jenlain. La nuit tombe. Marie-France nous rappelle que si on veut avoir une chance de voir les ragondins, c'est le bon moment. Je n'en ai jamais vu, Claude non plus. Jean-Louis nous guide vers le bon coin en nous vantant l'intelligence de ces animaux. On reste un moment aux aguets sans percevoir le moindre frémissement dans l'eau étale. Oh, puis qu'importe si on ne voit pas de ragondins ! C'est un moment privilégié. Il fait délicieusement bon, l'air embaume, les arbres se reflètent dans la Vienne. En de tels soirs, je viendrai toujours là. On remonte la rivière à pas feutrés par le petit sentier qui la longe. A un mètre cinquante du bord à peu près, un petit tertre avec une souche. Débris d'arboretum. Les ragondins, minant la rive de leurs terriers en amputent la surface. Du coup, je les aime nettement moins. T'as peut-être pas tort, Valérie, d'en faire du pâté ! On refait le sentier en sens inverse, et soudain, un triangle dans l'eau, précédé de celui qui le trace, une belle bête. On est quand même contents d'en avoir vu un ... la traque a été fructueuse, Claude et Jean-Louis en verront trois autres (le terrier est heureusement au bas du pré voisin), mais moi rien du tout ! Pendant ce temps, Marie-France s'est activée en cuisine. Sachez-le, vous qui suivrez, rien de ce qu'on raconte ici ne tombe dans l'oreille d'un(e) sourd(e) ... surtout quand ça peut faire l'objet d'une agréable attention. J'avais dit incidemment que Claude était très carnivore. Alors, au menu, faux-filet de boeuf limousin de première ! Ben quoi, on ne va pas dédaigner les savoureuses nourritures terrestres, non ? Samedi Vin + Jenlain = mal aux cheveux le lendemain matin ... Je me sens aussi glauque que le temps. On traîne, y a rien de mieux à faire, vu qu'elle est à l'eau, la promenade matinale. Claude regarde le descriptif du gîte et l'album posés sur la table. Quelques photos d'après tempête, puis des arbres dans leur livrée d'automne ou engivrés par l'hiver. On bavarde. Et je perçois de gros changements en cours : impressionné par le jardin de Maurice le premier avril, impressionné par l'arboretum, "l'esclave" muterait-il jardinier ? Connaissant Claude, ça risque de faire long feu, à suivre ... Quand nous nous sentons un peu desembrumés, nous allons rejoindre Jean-Louis. Claude et lui causent P.A.O., moi, je piaffe, je vais d'une fenêtre à l'autre guettant une accalmie. Sur le pignon du gîte, un oiseau indifférent à la pluie, chante merveilleusement : se pourrait-il que ce soit un rossignol ? La pluie semble marquer un temps d'arrêt. Jean-Louis met son chapeau, prend une bêche. Le chapeau de Jean-Louis ! Pour la forme, c'est un chapeau de pluie (type chapeau de ciré), pour la couleur, c'est des plus indéterminé ... vu que l'année dernière il a abrité des couvées d'hirondelles et que ça laisse des traces ! En ce moment, Marie-France ayant séquestré le chapeau, c'est dans l'imperméable de Jean-Louis qu'elles cherchent à nicher ! La pluie repart de plus belle. Des pétales s'agglutinent au sol. Ça pleure de partout. La balade tourne court. On retourne aux abris. Je capitule. Dans le coffre de la voiture, Jean-Louis installe des petits bouts d'arboretum, Marie-France a la chatte dans les bras. Faut se dire que ça existe.
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Au jardin vivant 1, Bernard, Ille et Vilaine, 31/05/2000 La vie reprend petit à petit son rythme habituel. Mais, que l'atterrissage est difficile après ces deux jours extraordinaires passés à l'arboretum !
J'ai le bourdon et ne suis pas sûr que la pluie bretonne en soit la seule cause. Je le dis à celles et ceux qui y viendront : méfiez-vous de ce coin de Charente limousine ! Il pourrait bien vous ensorceler aussi.
Je vais essayer de vous raconter, à présent que ça commence à décanter.
Pourtant je ne suis pas sûr que les mots traduisent fidèlement ce que j'ai éprouvé.

Samedi matin
Nous quittons la région chère à Van Gogh, sans trop de regret finalement, après une semaine douce et ensoleillée. Ce matin, la pluie a décidé de tomber.
Sur le trajet, le paysage conserve les stigmates de la tempête. Après les monts du Haut-Forez, les abords de Limoges ne laissent aucun doute sur la direction et la force du vent qui a soufflé en ces jours terribles. Je ne sais pas ce qui est le plus frappant, des arbres couchés ou cassés ou des nombreux tas de troncs ici et là le long de la route, bien nets et bien rangés. La tempête restera très présente dans les commentaires de Jean-Louis au cours de nos balades dans l'arboretum.
On finit par arriver au Chêne Vert après s'être demandé si Limoges allait nous laisser trouver la route d'Angoulême. Jean-Louis est dans le garage en train de plier la couette de canapé qui a protégé les Gunnera contre les gelées. Difficile de les croire fragiles tellement elles sont monstrueuses, ces plantes-là. Yolande évoquera les dinosaures en les voyant un peu plus tard. Un hasard ?
Jean-Louis nous présente la "brouette", modèle unique de 2CV dont l'ingénieuse transformation ne manquerait sûrement pas d'intéresser André Citroën s'il était encore vivant. Jean-Louis, tu devrais la breveter !
Imaginez : des ailes profilées pour ne pas accrocher les plantes dans les virages, le toit supprimé, mais les larges côtés de la caisse conservés faisant une sorte d'escabeau bien commode pour l'élagage des arbres ! Après avoir essayé un modèle de pot d'échappement catalytique au carbone enrichi et à double paroi chromée, Jean-Louis a décidé de s'en passer. La brouette fait un bruit de moto de compétition quand le moteur, après quelques hoquets timides et poussifs, a finalement démarré. Voir passer Jean-Louis au volant de cet engin diabolique dans les allées tranquilles de l'arboretum a quelque chose de surréaliste.
Il nous entraîne à la maison en passant par les semis. Ici, point de serre ou de système sophistiqué ; il suffit d'aimer les glaces ! Le parfum ne semble pas avoir d'importance, cependant. Entre autres, il attire notre attention sur un pin *** (j'ai encore oublié le nom) âgé de 5 ans et haut... de 3 cm ; il devrait être adulte dans 4495 ans environ. Ici, on plante pour longtemps ! Et chaque bac ou presque a son histoire.
Nous passons un moment tranquille à bavarder autour d'une Jeanlain. Puis, Jean-Louis propose de faire un tour au "jardin". Nous y voilà ! Je ne m'étais pas fait de représentations mentales du lieu avant d'y arriver.
J'avais juste en tête des bribes des récits des unes et des autres. J'avais aussi des images de jardins de magazines ou de parcs visités auparavant. Et bien, ça n'a rien à voir avec ces jardins-là ! Déçu ? Non, juste surpris et prêt à la découverte. En fait la beauté est différente, de même que l'intérêt, et nous en prendrons conscience petit à petit, au fur et à mesure des ballades durant ces deux jours.
C'est la fin d'après-midi et l'endroit est paisible. Nous avançons en bavardant, avec un sentiment de bien-être. Jean-Louis s'arrête devant une plante ; son nom, le sassafras, évoque pour nous tout au plus une pièce de théâtre. Et il commence à expliquer ce qui la rend étonnante : la feuille presque ronde, une autre en forme de moufle et une troisième avec trois doigts. La magie opère. La promenade se passera comme ça, de plante en plante, de découverte en découverte. Je maudis mes neurones qui refusent de tout enregistrer et mes yeux qui ne savent pas voir tout seuls. Mais, qu'importe, nous sommes sous le charme de notre guide privilégié et c'est bien agréable de se laisser aller à découvrir l'histoire ou la caractéristique de chaque plante. On passe le long de la Vienne. Une pensée pour vous tous, en me disant que nous avons de la chance Yolande et moi d'être là, et un sentiment étrange et fugitif que je ne parviendrai pas à saisir. Puis, on arrive dans le coin des érables. Je comprends Philippe ;
j'en prends aussi plein les yeux. Bientôt, il faut rentrer car la lumière décline et nous empêche de voir tout ce que Jean-Louis aurait à nous montrer.
La soirée se passe à discuter de choses et d'autres, sans Marie-France qui est au collège pour le repas ; Jean-Louis parle de l'arboretum comme d'un jardin vivant ; les récentes discussions du Collectif autour de la communication prennent du sens. On pourrait y passer la nuit. Nous rejoignons le gîte tard, pour reprendre des forces ; demain, il y a au programme... la suite de la visite de l'arboretum.
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Au jardin vivant 2, Bernard, Ille et Vilaine, 02/06/2000 Dimanche
La pluie nous incite à la paresse et nous traînons un peu au lit. Cette nuit, il y a eu un coup de vent. Ici, le vent a causé un traumatisme : avant la tempête, il y avait déjà eu la tornade. Une annonce de vent fort rappelle de mauvais souvenirs. Le gîte est spacieux, confortable et bien aménagé. Sitôt le petit déjeuner pris, la pluie ayant cessé, direction le jardin, tous les deux, Yolande et moi. Indigofera, weigelia "rose-blanc" (il donne des fleurs des deux couleurs : on en est tombé amoureux !), deutzia, chèvrefeuille, entre autres, égaient notre chemin, sans compter les odeurs.
L'allée qui descend du gîte débouche sur la cour. Jusque-là tout est calme. Mais, lorsque vous pénétrez dans le jardin, vous constatez qu'il y règne un véritable chahut. Il y a du monde là-dedans ! Pas de grasse matinée pour les oiseaux, sans oublier les grenouilles qui ont monté la sono à fond pour se faire entendre ! Tout ce petit monde est au boulot bien avant nous. A vrai dire, "boulot" n'est sûrement pas le terme approprié. C'est juste la vie.
Animaux et plantes se contentent de faire ce qu'ils ont toujours fait quand l'homme leur fiche la paix. L'image qui me traverse l'esprit est celle d'une "bulle". Attention, pas au sens d'un espace sous cloche, isolé du reste ! Au contraire, l'arboretum est ouvert de tous côtés. Non, ce serait plutôt un concentré de nature, plein de vie et en équilibre.
Ce matin, nous prenons à droite pour entrer au coeur de l'arboretum. Nous avançons dans les allées avec un sentiment de plénitude. Elles sont en herbe, ce qui fait qu'il n'y a jamais de rupture ; on ne quitte jamais le milieu naturel. Leurs courbes légères, en brisant les perspectives, garantissent l'effet de surprise à chaque instant. On passe d'une ambiance à une autre sans avoir pu la percevoir avant ; ainsi, l'attention n'est pas perturbée quand on est dans un endroit en train d'observer une plante. Dire que l'arboretum est un ensemble de tableaux impressionnistes se révèle assez juste. Les rosiers, en fleurs, sont superbes. Il y en a de toutes les tailles.
Certains grimpants montent à l'assaut des arbres ou s'appuient sur des arbustes. Ici, on ne les taille pas. Ah bon ? Pourquoi, est-ce que je m'embête à raccourcir les miens, alors ? Jean-Louis, à qui je poserai la question un peu plus tard, me répondra que les rosiers modernes ont dû être inventés par les fabricants de sécateurs pour justifier la vente de cet outil. Les botaniques s'en passent très bien, au contraire même.
A propos de Jean-Louis, nous l'apercevons en compagnie de Marie-France ; tous deux ont les yeux en l'air. Ils nous invitent à les rejoindre auprès de la mare aux grenouilles. L'objet de leur contemplation est une fleur de magnolia, grand calice aux lignes pures, d'une vingtaine de centimètres.
Cette fleur est un évènement attendu depuis longtemps.
Nous poursuivons la visite avec eux. Et ça recommence comme hier soir. On va de plante en plante, avec à chaque fois une histoire, pendant deux heures. On s'arrête à sentir le parfum des fleurs et des feuilles avec le nez, découvrir leur texture avec les doigts, observer les détails avec les yeux: étamines, couleur du pétiole, des jeunes feuilles. L'arboretum se visite avec tous ses sens, pour notre plus grand plaisir.
Je demande où sont nos "petits". En fait, ils sont partout, mais rien ne les distingue sinon leur petite taille ; de plus, quelques-uns se cachent, bien à l'abri des "mauvaises" herbes. J'aimerais bien voir l'acer longipes dont j'ai cherché la photo si longtemps quand nous travaillions sur les listes ; Jean-Louis et Marie-France ne sont pas d'accord sur son implantation. Elle penche pour la parcelle baptisée Carex. On verra ça une fois remontés à la maison ; elle a un bloc dans lequel elle a noté les arbustes qu'elle a mis en terre. Elle avait raison, c'est bien la parcelle Carex. Il faut dire que c'est elle qui a quasiment planté tous les PBA. Ils vont bien ensemble, tous les deux. Mais, quand Jean-Louis entre dans un massif pour nous faire découvrir une plante, Marie-France le surveille pour qu'il n'écrase pas la petite qu'elle a installée au pied par exemple. Un peu plus tard, c'est l'inverse.
Jean-Louis s'arrête devant un arbre mort. Pas d'explication logique. Un effet retard de la tempête ? Possible. En tout cas, le constat est là et c'est désolant car il avait atteint une belle taille. En regardant autour, il aperçoit une petite pousse de l'autre côté du chemin, porteuse de feuilles comme celles de l'espèce disparue, et puis une autre un peu plus loin. L'arbre est mort, mais ses racines lui redonnent vie. Bien sûr, il faudra du temps pour retrouver la taille de l'original, mais la plante revivra. Merveilleuse nature qui ne se laisse pas abattre. Ailleurs, c'est la glycine venusta qui s'est retrouvée par terre ; pas trop grave, elle est vigoureuse. Mais, il en est d'autres pour lesquels il faudra attendre pour être fixé sur leur sort. Ce qui l'inquiète le plus, ce sont les érables japonais qui ont perdu une partie de leurs parasols naturels. Peut-être sera-t-il nécessaire de leur en fabriquer des artificiels pour passer l'été.
Il commence à se faire tard et nous remontons à la maison pour déjeuner. En arrivant, l'odeur d'un rosier attire notre attention. Son nom est "Cuisse de nymphe émue" - joli, n'est-ce-pas ? - ou, version Jean-Louis, "Cuisse de pucelle effarouchée" ; c'est selon. Le déjeuner est chaleureux. Jean-Louis nous quitte pour assurer une visite.
Nous repartirons au jardin avec Marie-France un peu plus tard. Même plaisir de faire découvrir et partager les plantes. Elle nous arrête, entre autres, devant un clérodendron bungei ; les deux kalmia, un rose et un blanc, dont les fleurs, fermées, ressemblent à des bonbons et, ouvertes, sont d'une finesse remarquable. On passe par le coin des érables et elle veut nous montrer le tronc de l'acer griseum ; il est un peu plus loin, trésor caché par d'autres arbustes, impossible à découvrir si on ne vous le dégage pas ; de toute beauté avec sa couleur cuivrée et la fine écorce qui s'en détache comme s'il était en train de muer. Nous restons un bon moment à contempler les feuilles et les troncs des autres érables. Puis, elle nous entraîne du côté du parterre de vivaces où elle a aussi fait des semis dont les résultats ne sont pas hauteur de ses espérances ; de toute façon, la nature n'en fait qu'à sa tête ! Elle a envie de démissionner et de mettre les vivaces ça et là dans l'arboretum au lieu de les rassembler au même endroit.
Jean-Louis nous rejoint un peu plus tard et nous entraîne dans la partie supérieure qui appartient à sa soeur et qu'elle lui a demandé de planter.
Belle aubaine. Marie-France et Yolande s'écartent. Jean-Louis m'explique ses projets. Pour l'instant, c'est la phase d'observation. Les futures allées sont marquées par un passage de la tondeuse. En dehors, des herbes hautes.
L'espace a l'air nu. Pour me faire mentir, Jean-Louis s'accroupit, écarte les herbes et me montre une jeune plante ; son écran naturel la préservera de la chaleur cet été. Cette parcelle sera consacrée principalement aux chênes. Quelques arbres sont déjà plantés. Certains sont des chênes et je ne veux pas le croire, leurs feuilles n'ayant rien à voir avec la forme de l'espèce que nous connaissons tous. Pensez-donc, un chêne avec des feuilles quasiment sans échancrure, un autre avec des feuilles de houx (le fameux chêne vert) ! Les botanistes sont des farceurs ! Je finis par ne plus m'étonner de rien quand Jean-Louis me désigne un houx à feuilles de châtaignier. En fait, tout cela s'explique scientifiquement.
Nous poursuivons notre tour et redescendons par l'allée qui rejoint la route à la maison, bel exemple de haie champêtre multi-espèces, avant de revenir au jardin. Jean-Louis nous entraîne dans le coin des conifères, son préféré. Je lui avoue que les feuillus ont ma préférence ; mais faisant le constat que c'est sans doute par méconnaissance, je lui avoue aussi que je ne sais pas distinguer un sapin d'un épicéa. "C'est pourtant simple. Viens voir." Et Jean-Louis, en bon professeur qui sait comment captiver l'attention de son élève, explique simplement et tout devient clair, du moins tant qu'on n'entre pas dans les cas particuliers ou les exceptions.
Nous sommes sur le point de rentrer à la maison. Jean-Louis se rappelle que nous n'avons pas encore été voir les berberis. On y va donc. Les julianae, par exemple, me plaisent bien avec leurs feuillage fins et allongés. Marie-France n'aime guère les berberis ; ils ont trop tendance à user de leurs défenses quand il faut désherber dessous. A propos, on en profite pour supprimer les chardons ; je ne les trouve pas sympathiques ces plantes-là ; mais Jean-Louis me montre comment faire sans se piquer.
La journée a été riche. J'ai le sentiment d'être le dernier de la classe, incapable de se souvenir de tout. Pas grave ; après tout, nous avons passé des moments passionnants et j'ai des images plein la tête.
Après le repas et pas mal de discussions autour d'une bouteille de Jeanlain, Jean-Louis et Marie-France me proposent de vous envoyer un message. J'ai envie de vous faire partager tout ça, mais les mots ne viennent pas. Tant pis, on verra ça au retour. Il est très tard de toute façon. Pour ce soir, ce sera juste un petit signe, me disant qu'à votre place j'aimerais bien avoir des nouvelles. Je regagne mes pénates et Yolande qui dort, après avoir pris connaissance des messages de la journée que Jean-Louis a eu la gentillesse de me laisser lire.
Demain, c'est déjà le dernier jour...
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Au jardin vivant 3, Bernard, Ille et Vilaine, 03/06/2000 Lundi
Ce matin on ne traîne pas, car on doit aller visiter le jardin de Liliane avec Jean-Louis et Marie-France. En fait, Marie-France ne viendra pas, il s'est passé un évènement cette nuit. La jeune chatte a fait ses petits ; mais, ah ! le manque d'expérience, elle a choisi la couette du lit, plutôt que la panière que, prévoyante, Marie-France avait installée pour elle.
C'est la cata !
Nous partons donc tous les trois. Jean-Louis nous montre le parc de l'autre côté de la route en face de l'arboretum, du moins ce qu'il en reste. Ce serait bien que la municipalité le valorise de manière à créer un pôle nature à l'entrée de la commune. Mais... Puis, nous rejoignons St Laurent sur Gorre par une petite route de campagne, pleine de charme. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Nous entrons par le petit chemin en haut du terrain et descendons tranquillement à la rencontre de Liliane. Son jardin est, comment dire... Il ressemble à ceux qu'on a l'habitude de voir dans les magazines. L'agencement des couleurs forme un camaïeu harmonieux dans les bleu-rose-violet. Ce n'est pas pour rien si elle l'a appelé "Vert et Violine". Nous nous arrêtons devant les alchémilles ; hier, Marie-France nous en a parlé en disant que la rosée forme comme un collier de perles sur le pourtour des feuilles ; de fait, ce matin il y a des gouttes d'eau qu'un rayon de soleil fait briller. Ici, les rosiers sont dans des cages en bois pour les soutenir ; mais, certains, sans doute à tendance anarchiste, glissent quelques pousses à côté. Il ne faudrait pas que ces idées gagnent du terrain, cela dérangerait la belle harmonie du jardin. Petite leçon autour des rosiers anciens et des botaniques : si on veut des fleurs, il faut arquer leurs tiges. Au passage, nous remarquons R. complicata avec ses fleurs simples d'un rose délicat ; il nous fait bien envie. Jean-Louis attire notre attention sur les arbres. Il y en a de magnifiques ; notre regard étant surtout dirigé vers le bas, nous ne les aurions pas vus sans lui.
Retour au chêne vert pour le déjeuner. Le canard du collège a réussi à cuire dans le four du gîte. Débriefing sur la visite du jardin de Liliane qui débouche inévitablement sur la comparaison avec le Chêne vert. Hier, Jean-Louis nous a demandé notre avis sur l'arboretum, son agencement, son ambiance, façon forum, directe quoi. Yolande, avec son franc-parler que je luis connais bien, a répondu : "on est d'abord surpris par le foutoir !" ; Jean-Louis, surpris aussi mais par la réponse, cherche l'accroche marketing correspondante. Personnellement, je trouve le mot "foutoir" pas tout à fait approprié. Ce serait ça si le jardin se visitait depuis des allées gravillonnées ou derrière des grilles. Or, ici, on touche, on sent, on regarde en haut, en bas, on va du général au particulier et du particulier au général en permanence, on est complètement dedans ; et puis, je sais qu'ici il y a la volonté de laisser les plantes se débrouiller avec le moins possible d'intervention humaine. Décidément, ça ne colle pas, mais, lent de nature, je ne trouve pas les mots qui conviennent. La discussion continue et nous amène à tomber d'accord pour dire que le jardin de Liliane, s'il est harmonieux, est statique, comme un tableau en quelque sorte ; c'est beau et agréable, mais il y manque quelque chose. C'est ce quelque chose qui change tout à l'arboretum : ici, on a l'impression que tout vit ! C'est ce que Jean-Louis veut traduire dans le futur nom de l'arboretum : le jardin en mouvement, le jardin vivant. Ce matin, après avoir longé un côté de celui de Liliane, nous n'avons pas eu envie de faire l'autre. A l'arboretum, vous pouvez passer dans les allées sans rien voir ; mais, si vous commencez à vous arrêter, vous allez vous arrêter en permanence, tant il y a à découvrir : la plupart des plantes étant uniques, l'intérêt est sans cesse renouvelé.
Et encore, j'ai le sentiment d'être passé à côté de beaucoup de choses.
Le repas terminé, je descends au jardin pour un dernier tour, avec l'intention de faire des photos. Je reprends le chemin de la Vienne.
J'essaie de cadrer, mais je n'y arrive pas. La photo serait plate, étriquée, pas assez fidèle à ce que j'ai sous les yeux. Comment traduire les impressions, les sentiments éprouvés au cours de ces deux jours ? Et puis, c'est bizarre, je n'arrive pas à faire la mise au point ; ça reste flou ; pourtant il n'y a pas de buée sur l'objectif. Finalement, je range l'appareil. Tant pis pour les photos. Après tout, les images qu'on imprime dans sa mémoire sont bien supérieures à celles oubliées dans les albums photos. Je me remets à marcher, mais l'esprit ailleurs. Ces deux jours, très denses, ont passé vite. Je me dis que ça devrait être plaisant par exemple de descendre du gîte pour s'installer dans le jardin avec un bon bouquin ; mais je ne l'ai pas fait. Il y a sûrement des plantes que nous n'avons pas vues. Il faudra revenir. Pour le moment, je sens l'heure du départ qui approche et je n'arrive pas à me décider à remonter au gîte où Yolande m'attend.
Jean-Louis m'appelle. Il est avec Marie-France en train de photographier la fleur du magnolia et me demande si je veux en profiter. Je les rejoins et nous continuons tous les trois le tour du jardin. J'en suis heureux, car je commençais à avoir sérieusement le bourdon. Nouvel arrêt auprès de Ghislaine de Féligonde, rosier surprenant avec sa multitude de tons du blanc au rose ; je prends une photo avec cinq fleurs côte-à-côte de cinq nuances différentes. Il est énorme et ses fleurs forment une cascade. La visite du jardin reprend et Jean-Louis montre, raconte, attire l'attention. Il joue de mon étonnement devant les bizarreries de la nature : il écarte les branches d'un arbuste et indique du doigt ce qui a l'air d'un couvre-sol ; en fait, c'est un saule. Plus loin, nous nous arrêtons devant deux arbres de la même espèce plantés à quelques mètres d'intervalle ; la différence de taille est plus qu'évidente et le plus court n'est pas le plus jeune. Ailleurs, on s'accroupit devant une plante dont les feuilles sont de plus en plus soudées entre elles au fur et à mesure qu'elles se rapprochent de l'extrémité de la tige ; tout au bout, elles forment un disque sur lequel la fleur est comme posée, délicatement. Jean-Louis la nomme ; je n'ai pas retenu le nom, mais ça n'a pas d'importance.
Il commence à se faire tard et il faut vraiment y aller. Après une dernière Jeanlain partagée ensemble, Jean-Louis me demande d'amener la voiture pour charger. Les affaires de camping passent du coffre à l'habitacle. Les pots s'entassent. Il n'y a plus de place, le gallium et les fougères iront rejoindre les duvets à l'intérieur. Marie-France propose de partager les scutelaria donnés ce matin à Jean-Louis par Liliane. Derniers conseils de plantation, dernières bises, dernières poignées de mains. Quelques mots échangés, histoire de retarder encore un peu le moment de la séparation. Retour plutôt silencieux. Les images défilent dans la tête avec des bribes de conversation. Nous venons de passer deux jours merveilleux, hors du temps, grâce à Marie-France et à Jean-Louis, à leur accueil, leur chaleur, leur gentillesse, leur disponibilité, leur enthousiasme à faire partager le jardin qu'ils ont créé. L'un comme l'autre savent vous captiver et vous guider. On ne revient pas tout à fait le même d'un tel séjour. J'en prendrai conscience en arrivant à la maison.
Voilà ! Mon récit est terminé. Il est long et pourtant je suis sûr d'avoir oublié beaucoup de choses. Du moins aurais-je essayé de vous faire toucher du doigt un peu de ce que nous avons éprouvé.
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Visite au Chêne Vert, Pascale, Puy de Dôme, 22/08/2000 Bon, c'est pas pour vous rendre jaloux (et jalouses), mais au Chêne-Vert, nous y sommes (Olivier et moi) depuis dimanche midi...
Ça y est, nous avons vu les chênes qui ressemblent à des saules et les houx qui ressemblent à des pruniers, c'est dire si nous devenons costauds en botanique ! (là, normalement, y a un smiley !)
L'Arboretum est un peu assoiffé (et oui !) et les couleurs d'automne sont encore loin. Et pourtant... et pourtant... je crois que c'est définitif, nous sommes irrémédiablement accros à l'Arboretum et à ses hôtes (impossible de séparer l'un de l'autre !). J'ai la flemme de faire un récit détaillé, nous sommes en immersion chlorophyllienne et ça, c'est des vraies vacances !
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Compte-rendu de visite à l'Arboretum, Bernard, Essonne, 11/12/2000 Conformément au règlement du CCV :
Accès : suivi les indications de François et trouvé sans problème... la Déchetterie de Chabanais...
J'ai pu vérifier que l'Office du Tourisme fournissait des renseignements corrects. Visite : Très décevant... aucune décoration dans les sapins de Noël...
Plus sérieusement, faudra que j'y retourne...
Quand il gèlera, sous la neige, au printemps, en été, en automne, chaque fois que l'occasion s'en présentera ou quand il n'y aura pas d'occasion.
Vu qu'il m'a fallu 4 jours pour bien repérer le rosier 'Mozart', va me falloir encore 2499 visites pour me familiariser avec les ligneuses, après j'attaque les vivaces.
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Le sommet de Chabanais, Françoise, Oise, 16/01/2001
C'est peut-être un peu du "réchauffé", mais j'ai envie quand même d'essayer de vous expliquer ce que j'ai ressenti pendant ces quelques jours ; j'avais commencé un premier récit, mais il ressemblait trop à un "programme" : heures d'arrivée, menus, détails en tous genres ........ bien sûr, les détails ont leur importance, car pleins de petits détails mis bout à bout, ça crée une ambiance, un climat ; et c'est ce climat que j'aimerais pouvoir rendre, mais je ne suis pas sûre d'y parvenir, les mots m'échappent. Alors, je vous livre en vrac : chaleur, amitié, compagnons de tous horizons œuvrant ensemble pour un but commun, les conjoints, les conjointes, les enfants, on dirait une famille ....Et la famille de Jean-Louis, ses sœurs, son beau-frère (ce Monsieur qui dessine si bien), des gens très sympathiques ...l'Arboretum, ce maho-berberis étonnant, les branches du saule tortueux, dont je reste persuadée que je l'aurais moins remarqué s'il avait eu ses feuilles... les hamamélis, les chèvrefeuilles en arbustes, si odorants, le sentier au serpolet (j'imagine ...), la Vienne, toutes ces plantes , ces arbres et ces arbustes que j'aime, d'instinct.
Et que dire de Jean-Louis et Marie-France qui voient 20 personnes envahir les 2 gîtes et leur maison, et qui ont l'air de trouver ça naturel ! que dire de Jean-Louis qui a répondu à nos questions lors de notre première visite guidée, comme il a sûrement répondu des centaines de fois : comme si c'était la 1ère fois, avec enthousiasme, volonté d'apprendre aux autres, passion quoi .......... grâce à lui, le monde merveilleux de la botanique entrouve ses portes, et je mesure là, sur le seuil, l'immensité de mon ignorance : ce n'est pas nouveau comme idée, mais elle s'impose tant ! j'ai envie d'apprendre, mais je ne retiens pas grand-chose ; peut-être en suis-je au stade "bébé" : toucher, sentir, regarder, l'instinct ..... bientôt, je grandirai ... Ce fut un séjour très riche, je n'avais plus connu de telles réunions depuis le lycée, et encore, c'était pour des exposés, des devoirs ... là, c'était une assemblée de personnes d'âges différents, de situations différentes qui s'unissent pour un amour commun : la Nature ..........
Quelle belle fin d'année et quel beau début de siècle : il n'y a pas eu de feu d'artifice (si ! le lendemain !!), de danses et de bals, ni de cotillons, mais une idée commune, flottant dans la nuit, alors que fatigués, mais heureux, nous écoutions Olivier jouer de la cornemuse.......
Tout fut super, et Jean-Louis, ne t'en fais pas si tu n'as pas eu le temps de mettre l'eau chaude dans notre gîte, car sinon, comment aurais-je pu avoir cette conversation avec Nicotine dans ta salle de bains ??
PS : nous arrivâmes à 3 et par un prompt renfort, nous repartîmes à 15 ... (pardon, François, je copie ..) : si quelqu'un réussit à repartir de l'Arboretum les mains vides ... ben moi y'en a pas comprendre ......
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Des arbres et des hommes, Arlette, Lorraine, 08/05/2004
L'envie était là depuis longtemps, de plus en plus pressante, lancinante. Mais comment faire pour atteindre enfin ce coin de paradis, cet eldorado tant vanté ? Un jour enfin, Michel le bon génie arriva prêt à se charger de toute la ménagerie pendant que nous mettions le cap sur la Charente.
Le plan détaillé nous permet d'arriver sans nous perdre (ce qui est rare vu mon sens de l'orientation). Nous nous engageons dans le chemin d'accès. Tiens, des lilas : une plante que je connais mais je sens que, bientôt, cela va changer. L'accueil sur le parking est chaleureux : Marie-France, Jean-Louis, Pascale, Bernard,
Rocky et Nicotine sont là. Et nous nous laissons guider vers la maison en longeant la pépinière. Il y a des pousses de bambou au milieu de l'allée. Je suggère de les éviter, autant par respect pour elles que par crainte pour l'intégrité de mes pneus. Mais il paraît qu'il faut rouler dessus. Ah bon !
Nous arrivons à la maison aussi chaleureuse et accueillante que ses occupants et la conversation s'engage autour d'un café. Bientôt, la Jenlain succède au café et le repas suit : délicieux et dont les proportions auraient suffi à rassasier le CCV tout entier. Pour couronner le tout, nous avons eu droit au dessert du Chef, sa spécialité qu'il ne cuisine qu'une fois tous les dix ans : essayez d'imaginer du rhum, beaucoup de rhum entouré de charlotte.
Mais voici enfin arrivé le moment tant attendu : la visite de l'arboretum. À cet instant, le temps s'arrête, on entre dans une autre dimension. Tout est découverte et émerveillement. Guidés par Jean-Louis, nous apprenons à regarder ce que, sans lui, nous n'aurions fait que voir. Chaque plante a son histoire, ses caractéristiques. Certaines s'offrent d'emblée au regard, d'autres, discrètes, attendent qu'on les découvre. Au détour de chaque allée, le spectacle change. Je me transforme en éponge et j'absorbe en vrac tous ces tableaux impressionnistes.
Nous descendons vers la Vienne. Jean-Louis nous montre où elle arrive lors des crues. C'est difficile à imaginer quand on la voit couler si paisible.
Bon prince, le soleil daigne être de la partie. Il joue à travers les jeunes feuillages faisant chanter l'extraordinaire palette de coloris printaniers. Toutes les nuances, du vert tendre au bronze en passant par le gris et le doré sont présentes. Je revois encore cette jolie feuille entourée d'un liseré bronze et dont j'ai oublié le nom (comme celui d'ailleurs de toutes les autres).
À chaque pas, il y a une plante à découvrir, à admirer : le grand pin penché dont on se demande s'il tiendra, le tapis de jacinthes sauvages, la clairière aux iris que l'on imagine en fleurs, ces houx qui ressemblent à tout sauf à l'image traditionnelle d'un houx, l' »hybride naturel raté » dont les branches portent deux feuilles différentes, les écorces qui se détachent, ces deux arbres qui ne diffèrent que par un détail de l'écorce, insignifiant pour un profane et la feuille du surprenant « arbre caoutchouc » dont les morceaux déchirés restent attachés par un mince filament élastique.
La petite rose jaune de l'invitation nous fait la faveur d'être fleurie.
L'arbre de Judée flamboie. Le compagnon rouge et autres fleurs sauvages sont respectés. Ils égaient les massifs et ne seront fauchés que plus tard dans la saison. Des arbres se sont semés et les jeunes pousses sont soigneusement repérées pour être identifiées et transplantées ailleurs.
Si le spectacle enchante la vue, nos autres sens sont aussi sollicités. Au murmure du vent dans les branches se mêlent le chant des oiseaux et le cri des grenouilles dans la mare. Arrivés au bord de celle-ci, les chiens ne résistent pas à l'envie de faire trempette.
Jean-Louis nous met en main des feuilles dont nous apprécions la texture satinée, veloutée, lisse ou rugueuse. Nous touchons des écorces, des rameaux, tous différents. Le vent nous apporte un parfum. De quelle fleur émane-t-il ? Il faut souvent la chercher alors que cette autre, de forme insolente qui attire notre regard ne sent rien. Ce sont des bractées que nous voyons, la fleur elle-même est insignifiante.
De découverte en découverte, la promenade nous ramène à la maison. Une Jenlain et un petit repos plus tard et nous partons vers le haut de l'arboretum vers les maisons du reste de la famille. Là, un vaste espace est en cours d'aménagement et c'est alors que nous nous rendons mieux compte du chemin parcouru depuis le pré à moutons du départ jusqu'à l'arboretum actuel. Je suis fière d'avoir contribué au « tassage » des allées.
Le repas du soir est tout aussi convivial et copieux que celui de midi.
Nous n'avons pas réussi à terminer la charlotte. La soirée se passe calmement à discuter de tout et de rien et nous prenons conscience que
le Chêne-Vert, ce n'est pas seulement un endroit planté d'arbres mais aussi, et surtout, un lieu d'accueil et d'écoute. C'est certainement grâce à cette influence que le CCV est devenu la communauté que nous connaissons et où tout peut se partager, les joies et les peines de chaque jour comme les grands bonheurs et les heures difficiles. On pourrait rester là des heures mais la route nous attend demain et nous allons retrouver le confort de la chambre d'hôtes.
Lundi matin : un dernier café, un dernier échange et c'est le moment du départ. Il reste à remplir la mission que Michel nous a confiée : la photo de la brouette. Le cœur un peu serré, nous repartons vers la Lorraine mais, nous le savons, nous reviendrons.
Nous ne savons pas quand mais, c'est certain, nous reviendrons. D'ailleurs, comment faire autrement ? Nous n'avons pas eu le temps de voir le pinus aristata.
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Juste une visite...

une visite

et puis une autre

et puis une autre...

la brouette

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